Mardi matin.
Rendez-vous estimation dans un pavillon des années 80, quelque part entre Clermont et Agnetz.
Le proprio me sert un café (instantané, ne me jugez pas, j'ai bu pire 😃), s'assoit en face de moi, et me lâche, l'œil pétillant :
"De toute façon, moi, le prix je le connais déjà. C'est mon voisin qui me l'a donné."

Silence.
J'ai eu un de ces sourires polis. Vous savez, celui qu'on garde pour ne pas dire ce qu'on pense vraiment 😂.
Parce qu'à ce moment précis, j'avais deux options :
- Soit je sortais mon analyse de marché, mes ventes comparables et un peu de bon sens.
- Soit je laissais Jean-Michel du 14 rue des Tilleuls dicter le prix du marché.
Spoiler : on a fait les deux. Et on en reparle plus bas 😉.
Ce métier, c'est un théâtre permanent.
Vous croyez qu'on vend des maisons ? Pas vraiment.
On écoute des gens. On gère des émotions, des fiertés blessées, des rêves un peu trop optimistes, et parfois des collègues qui font franchement n'importe quoi.
Aujourd'hui, je vous embarque dans mes archives.
(Anonymisées, hein, je suis sympa lol.)
Mais ces 10 phrases, je les ai vraiment entendues. Cinq côté clients, cinq côté agents.
Toutes attrapées à Clermont-de-l'Oise et dans les alentours. Toutes véridiques ✅.
Avant qu'on commence, une précision importante.
Ah, et un dernier truc : lisez jusqu'au bout.
Je vous réserve une petite anecdote bonus complètement absurde à la fin de l'article. Promis, vous allez rire.
(Moi sur le moment, beaucoup moins 😃.)
Maintenant servez-vous un café (un vrai, si possible 😃). C'est parti !
Côté clients : ces 5 phrases qui m'ont fait avaler ma salive
1. "Je ne veux pas d'agent immobilier… mais si vous trouvez un acheteur, vous pouvez me l'envoyer."
Ah, celle-là. Si on me donnait un euro à chaque fois que je l'entendais. Je serai plein aux as 😁.

Je vous décris la scène :
Pavillon de plain-pied près de Clermont, salon traversant, photo de famille au-dessus du canapé. Le proprio me reçoit avec une certaine fierté.
Il a imprimé son annonce Leboncoin. Il la pose sur la table comme si c'était sa thèse. Les photos sont prises au téléphone, en contre-jour, on devine vaguement un canapé et un coin cuisine.
Le titre de l'annonce ?
"Belle maison à vendre cause déménagement, propre, refaite à neuf."
Refaite à neuf ? Mais la moquette datait des années 80, j'étais même pas né 😃.
Il m'explique calmement qu'il ne veut "surtout pas" passer par une agence ("vous comprenez, les commissions"). Puis, sans transition, il enchaîne :
"Mais si jamais vous avez un acheteur dans votre fichier, hein, vous me l'envoyez, on s'arrangera entre nous."

J'avoue, j'ai ri intérieurement lol.
Pas de moquerie, hein. De tendresse, presque.
Parce que cette phrase, elle résume tout.
L'envie d'économiser, c'est légitime. Mais ce qu'il faut comprendre, c'est que mon métier, ce n'est pas "d'envoyer des acheteurs".
Ça, c'est l'idée qu'on s'en fait quand on regarde Stéphane Plaza (même s'il est un peu moins tendance aujourd'hui 😁).
Mon vrai boulot :
- qualifier l'acheteur (a-t-il son financement ?),
- vérifier sa situation (CDI ? Apport ? Endettement ?),
- préparer le bien pour qu'il se vende au bon prix,
- gérer les visites,
- filtrer les curieux et les touristes du dimanche,
- négocier l'offre,
- sécuriser le compromis,
- accompagner jusqu'à la signature finale...
En clair : si je vous "envoyais" mon acheteur, je vous offrirai 5 % du boulot mais je porterai 95 % du risque. Et accessoirement, je perdrais aussi mon temps 😃.
2. "On va tenter 350 000 € pour voir. Au pire, on baissera."
Là, on touche au classique des classiques. La phrase culte.
Celle qu'on entend revenir partout, et qu'on entendra tant qu'il y aura des maisons à vendre.
Je vous décris la scène :
Maison à Clermont, 4 chambres, jardin correct, cuisine ouverte, état moyen mais propre.
Mon analyse de marché tourne autour de 280 000 à 300 000 €. Mes ventes comparables récentes le confirment, mes acheteurs sérieux confirment ça aussi.
J'arrive avec mon dossier, mes chiffres, mes arguments.
Le proprio me sourit. Et il sort son joker.
"Bon, on va tenter 350. Au pire, on baissera par la suite. Ce sera notre marge de négo."

J'ai pris une grosse respiration.
Vous voyez ce moment où vous devez choisir entre dire la vérité à une personne ou mentir pour lui faire plaisir ?
Je me suis retrouvé exactement dans cette situation 😁 !
Moi, j'ai choisis de dire la vérité. Comme toujours. C'est mon truc.
Je lui ai donc expliqué le mécanisme.
Surcoter un bien de 50 000 €, c'est se couper net des acheteurs prêts (ceux qui ont calé leur budget).
Pendant ce temps, l'annonce vieillit.
Les baisses de prix successives envoient un message clair aux acheteurs qui suivent le marché : "Y a un truc qui doit clocher avec ce bien."
Dans notre jargon, on dit que ce bien est "grillé" dans le sens où les gens l'auront tellement vu sur le marché qu'il perdra en attractivité, et personne n'aura envie d'un bien qui n'intéresse personne.
Résultat ?
Six mois plus tard, vous allez baissé à 295. Et vous vendrez à 285 après négo.
Soit 15 000 € de moins que ce que ça aurait fait au bon prix dès le départ.
Parce que n'oublie pas une chose : un bien qui traîne, on le négocie. Toujours.
3. "Surtout pas de panneau. Je ne veux pas que les voisins le sachent."
Celle-là, je l'adore. Parce qu'elle est tellement humaine.
Je vous décris la scène :
Un appartement T3 dans un petit immeuble près de la gare, contexte un peu compliqué (séparation, on ne va pas rentrer dans les détails).
Le proprio me reçoit, voix basse, presque en chuchotant. Il jette un œil par la fenêtre. Il me regarde droit dans les yeux et me dit :
"Surtout, je veux que ça reste discret. Pas de panneau. Pas d'annonce avec l'adresse. Je ne veux pas que les voisins sachent que ma maison est en vente."
Je hoche la tête. Compréhensif. Je note.
On peut faire de la discrétion, bien sûr. C'est même une option qu'on propose.
Sauf que ☝️...
En sortant de chez lui, dans la cage d'escalier, je croise la voisine du dessous.
Avec son sac de courses, elle me lâche, le sourire aux lèvres :
"Alors, ils vendent combien au troisième ?"

J'ai souri. Poliment. Je n'ai rien dit. Mais intérieurement, j'étais mort de rire 😂.
Voilà la vérité que personne ne dit aux vendeurs :
Dans une petite ville comme Clermont, votre vente sera connue dans les 48 heures.
C'est mécanique. Les voisins ont vu trois agents et des familles différentes entrer chez vous en un mois. Ils ne sont pas idiots.
Vouloir cacher la vente, c'est légitime. Je le respecte.
Mais la discrétion absolue vous coupe de 30 à 40 % des acheteurs potentiels.
Pas de panneau, pas de visibilité locale.
Pas d'adresse précise, les acheteurs hésitent et se demandent ce qu'on cache.
Et entre nous, on cache quoi ? Le quartier ? L'immeuble ? Vous voulez vendre. Pas envoyer un message codé.

4. "On ne signe rien aujourd'hui, mais vous pouvez prendre les clés et commencer les visites."
Là, on entre dans mon top 3 personnel 😃.
Je vous décris la scène :
Un pavillon à Breuil-le-Vert, fin d'après-midi, le proprio veut "tester" plusieurs agents avant de se décider. Très bien, c'est son droit.
On discute, je présente ma méthode, mon estimation, mes outils. Il opine. Il sourit. Il semble convaincu.
Puis il me dit :
"Écoutez, on ne va pas signer de mandat tout de suite, hein. Je veux voir ce que les autres me proposent. Mais en attendant, vous pouvez prendre les clés et commencer à faire visiter."

Pause. J'ai posé mon stylo. J'ai pris une gorgée de café. Et j'ai expliqué.
Sans mandat, je n'ai pas le droit.
Ce n'est pas que je ne préfère pas. Je n'ai juste pas le droit.
La loi Hoguet (rien à voir avec les agences Guy Hoquet 😃) interdit à un agent de présenter, visiter ou négocier un bien sans contrat écrit.
Si je le fais, je risque ma carte pro. Et vous surtout, vous n'êtes pas protégé.
Si je fais rentrer Monsieur et Madame Dupont chez vous et que le petit Dupont junior casse votre superbe vase, on va se retrouver dans l'embarras 😃.
Parce que c'est ça qu'on oublie.
Le mandat n'est pas un piège pour vous attacher à moi. C'est un contrat qui protège tout le monde.
Vous, parce qu'il fixe noir sur blanc ce que je vais faire, à quel prix, dans quels délais. Moi, parce que si je trouve l'acheteur, je suis payé.
Sans ça, c'est l'anarchie.
Tout le monde fait des visites, personne ne sait qui a présenté qui. Vous vous retrouvez avec trois agents qui réclament la même commission.
Vous, vous galérez. Moi, je vous regarde galérer.
Donc non. Pas de mandat, pas de visites.
Non pas par mauvaise volonté, mais par respect du cadre légal et de votre propre intérêt 😃.
5. "De toute façon, mon voisin a vendu 50 000 € de plus l'année dernière."
On revient à ce dont je vous parlais 😁.
La phrase qui ouvrait cet article. Parce qu'elle mérite son moment de gloire.
Je vous décris la scène :
Un pavillon des années 80, secteur Clermont, le fameux café instantané, et le proprio qui me sort sa preuve absolue...
Son voisin. Le fameux. Qui aurait vendu la même maison 50 000 € de plus l'année dernière.
J'ai demandé poliment plus de détails. Et c'est là que ça devient drôle...
Le voisin avait :
- 40 m² de plus,
- un terrain de 800 m² au lieu de 450,
- une toiture refaite en 2022,
- le voisin avait une piscine,
- un double garage,
- une isolation extérieure flambant neuve,
- et pas d'exposition plein nord.
Et surtout, surtout : la maison du voisin n'était pas sur la voie ferrée 😃.

Mais bon. Tout pareil, hein.
"Mon voisin, lui, il s'y connaît en immobilier. Il a vendu en trois semaines."
Le "voisin expert". Personnage récurrent en immobilier, visible ou invisible à presque tous les rendez-vous.
Ce voisin sait tout. Il connaît le marché mieux que les notaires, mieux que les agents, mieux que les banques.
Il a vendu sa maison en 2019, du coup il a tout compris au marché 😃.
Je dis ça avec affection, en plus j'étais aussi ce fameux voisin à l'époque avant de m'intéresser un peu plus à l'immobilier 😂.
Quand on vend sa maison, on cherche des repères. Et le voisin, c'est le plus proche, le plus rassurant. Mais aussi le plus trompeur.
Chaque bien est unique. Vraiment.
Deux maisons côte à côte, à 50 mètres l'une de l'autre, peuvent valoir 50 000 € d'écart.
État de la toiture, qualité des fenêtres, exposition, vis-à-vis, configuration, travaux récents, bruit, vue, terrain. C'est un puzzle. Et il faut tout regarder.
Mon boulot, c'est précisément ça.
Comparer ce qui est comparable, avec les vraies données, les vraies ventes notariées, pas les bruits de couloir.
Alors oui, je vous l'accorde c'est moins romantique que "mon voisin", mais croyez-moi c'est plus fiable 😄.
Côté agents : les 5 trucs qui m'ont fait lever un sourcil (parfois les deux)
Bon. On a bien rigolé avec les clients. Mais soyons honnêtes, ma profession a aussi sa part de responsabilité dans la méfiance ambiante.
Je ne vais pas balancer de noms, je ne vais pas attaquer mes confrères. Mais je vais partager des phrases que j'ai vraiment entendues. Et qui expliquent pourquoi tant de vendeurs arrivent chez moi avec déjà une armure.
6. "Les diagnostics ? Bah, on les fera plus tard. On lance déjà l'annonce."
Discussion autour d'un café, entre confrères, dans une brasserie à Senlis.
Un collègue d'une autre agence me raconte un mandat qu'il vient de signer. Il est tout content. Belle maison, beau secteur. Je lui demande où il en est sur le dossier.
"Ah les diagnostics, on verra. J'ai mis l'annonce en ligne hier, on va voir si y a du monde. Si ça mord, on s'en occupera."
J'ai failli renverser mon café 😃.

Rappel pour les vendeurs :
Les diagnostics (DPE, électricité, gaz, plomb, amiante selon l'âge du bien, ERP), ce n'est pas optionnel. C'est la loi. Et le DPE doit figurer sur l'annonce. Sa note, son étiquette. Pas "quand on aura le temps". Maintenant.
Mettre une annonce en ligne sans DPE, c'est une infraction. Et au-delà du cadre légal, c'est manquer de respect aux acheteurs.
Ils ont le droit de savoir si la maison est une passoire thermique ou un cocon. C'est leur portefeuille.
Je sais, ça fait paperasse. Je sais, c'est moins fun que de prendre les photos. Mais c'est notre boulot.
Si on est payé en commission, c'est aussi pour gérer cette partie-là. Pas seulement pour ouvrir des portes et sourire devant les acheteurs.
Donc quand un agent vous dit "on s'occupera des diagnostics plus tard", deux options. Soit il est incompétent. Soit il s'en fiche. Soit... les deux 😂.
Dans tous les cas, un conseil : fuyez!
7. "On marque '5 minutes de la gare'. Même si c'est 20 minutes à pied avec une côte."
Je tombe régulièrement sur des annonces de biens que je connais bien. Et parfois, j'ai un sourire en coin. Pas méchant. Juste un peu fatigué 😁.
Une annonce, récemment, dans le secteur. Un appartement décrit comme : "à 5 minutes de la gare".
Sauf que... je connais l'adresse.
Et 5 minutes à pied depuis cette rue, c'est physiquement impossible. À moins d'être Forrest Gump 😂.

En descente. Avec le vent dans le dos. Et tous les feux au vert. Ca peut éventuellement le faire.
Dans la vraie vie ? Jamais de la vie !
Comptez 18 à 20 minutes. Avec une montée à la fin pour vraiment finir en beauté.
"C'est pas grave, les acheteurs verront sur place."
Voilà ce que m'a répondu un confrère quand j'ai gentiment tiqué.
Sauf que si. Si, c'est grave.
Parce que l'acheteur qui se déplace en pensant que c'est à 5 minutes, et qui découvre que c'est 20, il ne vous le pardonne pas.
Il se sent piégé. Floué. Manipulé. Et il ne fera pas d'offre. Pire, il va dire à ses copains "n'allez pas voir cette annonce, c'est du flan" ou "cet agent m'a entubé" pour que je me déplace.
Imaginez l'acheteur qui n'a pas vérifié les infos de l'agent.
Premier lundi dans sa nouvelle vie. Il part travailler en pensant avoir 5 minutes. Il en a 20. Il rate son train. Il regrette déjà son achat. Il déteste sa vie, l'agent, le vendeur. Tout ça parce que l'agent a menti au vendeur.
On parle de la gare mais c'est la même chose pour les écoles des enfants, ça peut vite devenir très compliqué, et entre nous, c'est pas cool.
L'honnêteté dans une annonce, c'est tout bête, mais c'est la base.
Dites "8 minutes" si c'est 8. "12 minutes" si c'est 12.
Les gens ne sont pas idiots, ils savent utiliser Google Maps. Et ils respectent ceux qui ne les prennent pas pour des cons ou des pigeons.
8. "On va leur dire qu'il y a déjà une offre. Ça va les faire monter."
Ah ça c'est un grand classique !
Conversation à la salle de sport, entre deux séries de squats, avec un autre agent du coin.
(Vous allez pensé que je traine qu'avec des escrocs à force 😂, je vous rassure, je n'ai pas que des confrères comme ça. J'en ai aussi des excellents, intègres, brillants. Mais ce n'est pas le sujet aujourd'hui.)
Le mec me parle d'un bien sur lequel il a deux visites prévues le lendemain. Et il me dit, avec un grand sourire :
"Je vais leur dire qu'il y a déjà une offre. Ça va les faire monter. Vieille technique."
Réaction interne : "on est dans l'immobilier ou on joue une partie de poker ?".

Inventer une offre concurrente pour mettre la pression sur les acheteurs, c'est une pratique vieille comme le métier.
Et c'est aussi une des raisons pour lesquelles on a une mauvaise image.
Parce que les acheteurs ne sont pas dupes. Ils sentent ces coups. Et même s'ils tombent dans le panneau une fois, ils retiennent la leçon. Et ils ne reviennent pas.
Au-delà du côté éthique (rédhibitoire pour moi), c'est aussi mauvais pour le vendeur.
Un acheteur sous pression artificielle, soit il craque et devient amer (négocie tout après signature, demande des travaux au dernier moment, fait des histoires). Soit il s'en va. Vente perdue pour une mise en scène.
Mon approche, c'est l'inverse. Si j'ai vraiment plusieurs offres, je le dis. Si j'en ai aucune, je le dis aussi.
Mais zéro offre ne veut pas dire "prenez votre temps" : un bien bien positionné et bien mis en valeur, ça part vite.
Vous voyez la nuance ?! 😃
Honnêtement, avec les vrais montants, sans bluff. Et je laisse les acheteurs décider en conscience. Parfois ça monte. Parfois non. Mais tout le monde sait où il met les pieds.
Les acheteurs qui ne se sentent pas manipulés, ce sont aussi ceux qui parlent de vous à leurs amis.
Dans une petite ville comme Clermont, où tout se sait, votre réputation et votre crédibilité se construisent comme ça. Pas avec des coups, mais avec de la cohérence.
9. "Les vendeurs n'ont pas besoin de tout comprendre. L'important, c'est qu'ils signent."
Celle-là, elle m'a vraiment piqué. Parce qu'elle dit tout du problème de la profession.
Une vendeuse, dans une autre commune du secteur, me raconte son expérience.
Elle avait reçu un agent quelques mois plus tôt.
Le mec arrive, sympa, faux pro, débite son speech bien rodé, sort le mandat de son sac.
"Bon, alors signez ici, là, là, et ici. Je vous explique vite fait."
Vite fait ? Sur un document qui l'engage pour trois mois. Avec une exclusivité. Avec des clauses sur les honoraires. Avec une durée, des conditions de résiliation, des obligations réciproques.
"Vite fait" il a dit.
Elle a signé. Elle s'est fait avoir. Pas sur le prix, mais sur les conditions.
Et elle s'en est rendu compte trois semaines plus tard, quand elle a voulu changer d'agent et qu'on lui a expliqué qu'elle était "bloquée" jusqu'à la fin du mandat.
Quand elle m'a raconté ça, j'ai fait l'inverse chez moi. Crayon à la main. Mandat sur la table. On a tout lu, phrase par phrase. Chaque clause expliquée : pourquoi elle existe, ce qu'elle implique, ce qu'elle restreint.
Vingt minutes de plus dans le rendez-vous. Vingt minutes que d'autres ne prendraient pas. Mais qui font toute la différence.
Mon principe : si vous ne comprenez pas ce que vous signez, ne le signez pas.
Sinon, vous ne signez pas un contrat. Vous signez une déclaration d'aveuglement.
10. "Les photos, on s'en fout. Le texte suffit."
Et on termine en beauté. Avec celle qui me fait toujours saigner les yeux.
Une annonce en ligne, récemment. Beau bien, sur le papier. Prix correct, secteur intéressant.
Mais les photos ? Une catastrophe absolue.

- Photo 1 : salon en contre-jour, on devine vaguement un canapé.
- Photo 2 : cuisine avec la vaisselle dans l'évier (oui, vraiment).
- Photo 3 : chambre avec le lit défait et un sweat-shirt sur la chaise.
- Photo 4 : salle de bain avec une serviette par terre.
- Photo 5 : jardin, prise en plein midi, ombres dures, herbe jaunie.
J'ai croisé l'agent, je lui en parle. Sa réponse :
"Les photos, c'est pas le plus important. Le texte est bon. Les gens lisent."
Non, mon ami. Les gens ne lisent pas.
Les gens scrollent. Ils scrollent vite, ils scrollent fort, et ils décident en 3 secondes s'ils vont cliquer ou pas.
Sur un téléphone, ils décident sur la première photo. Point.
Une bonne photo, ce n'est pas du luxe. C'est la base.
La lumière, l'angle, la mise en scène. Pas besoin d'un studio photo à 3 000 €. Juste un peu de bon sens.
Ouvrir les volets. Ranger les comptoirs. Faire le lit. Enlever le tapis léopard du salon (oui, j'ai vraiment dit ça à un client une fois, et oui, ça a marché).
Quand je prépare un bien à la vente, je passe du temps avant les photos. Vraiment.
Je rentre dans chaque pièce, je regarde, je déplace une chaise, j'ouvre un rideau, j'enlève les objets perso qui surchargent.
Pas pour mentir. Pour montrer le bien dans ses meilleures conditions.
Un agent, ce n'est pas juste un poseur de panneau et un rédacteur d'annonce.
C'est aussi, parfois, un metteur en scène.
Un directeur photo. Un styliste. Bref, quelqu'un qui se donne du mal pour que votre bien tape dans l'œil au lieu de faire fuir 😃.
Et quand l'agent ne le fait pas ?
Vos visites tombent. Votre bien s'éternise. Vous baissez le prix. Et tout le monde perd.
Bonus : la scène que je vous dois (parce qu'elle m'a bien fait rire)
Promis, j'arrête après. Mais celle-là, impossible de la garder pour moi.
Rendez-vous estimation chez une dame très sympa, secteur Clermont. Créneau calé par mail deux jours avant.
J'arrive avec 12 minutes de retard. Oui, je sais. L'heure et moi, c'est une vieille relation compliquée (mes clients m'ont déjà pardonné une fois pour toutes 😃).
Sacoche à l'épaule, gros dossier d'estimation cartonné sous le bras (le truc plat, format A4, bien épais).
Je sonne. Elle ouvre. Me regarde. Et avant que je puisse dire bonjour, elle me lance, ravie :
"Ah super vous êtes le livreur ? J'attends mon colis depuis ce matin"
Pause. Décrochage cérébral complet.

Madame attendait son colis Amazon. Et son cerveau a été plus rapide que le contexte.
Devant elle : un type un peu typé, barbu, sacoche en bandoulière, un truc plat cartonné dans les mains. Hop, son neurone a tranché en 0,2 seconde :
"Voilà mon livreur."
L'option "l'agent immobilier avec qui j'ai rendez-vous depuis 12 minutes" n'a même pas eu le temps de s'afficher.
Honnêtement, j'aurais préféré être confondu avec George Clooney en pleine pub Nespresso.
Mais bon soyons lucides : avec ma tête, c'était déjà limite niveau crédibilité. Le chapeau n'a rien sauvé 😂.
J'ai souri et je lui ai répondu :
"Euh... bonjour madame, moi moi c'est Hakim. Vous savez l'agent immobilier pour votre estimation."
Trois secondes de blanc. Puis le déclic. Et l'éclat de rire commun. Elle s'est confondue en excuses, hyper gênée.
On a fait l'estimation autour d'un thé. Et toute la visite, elle m'a vanné gentiment :
"Bon, monsieur Hakim, et votre estimation, c'est livraison sous combien de jours ?"
Morale ? Aucune. Ou alors une seule : dans ce métier, il faut savoir rire de soi avant tout le monde. Ça tombe bien l'autodérision ça me connait 😁.
Le chapeau ne fait pas tout. Et ma tête, visiblement, ouvre bien des portes chez Nespresso, mais dans la logistique 🤣.
Pour conclure (avant que vous ne m'invitiez vraiment au café)
Voilà. Dix phrases (plus une bonus). Des moments où j'ai dû garder mon sérieux, d'autres où j'ai eu envie de rire, mais tous où j'ai appris quelque chose.
Ce que ces phrases révèlent, en vrai, ce n'est pas la bêtise des gens.
C'est leur méfiance. Leurs peurs. Leurs mauvaises expériences avec des agents qui les ont déçus. Et oui, aussi, les dérives d'une partie de la profession qui a oublié pourquoi elle existait.
Mon approche, c'est l'inverse. Pas de prix gonflé pour vous faire signer. Pas de clause planquée dans le mandat. Pas d'offre inventée. Pas de "5 minutes de la gare" quand c'est 18. Juste du travail bien fait, avec un chapeau, un peu d'humour, et du matcha quand on se voit.
Si vous vous êtes reconnu dans une de ces phrases, côté clients, je ne vous juge pas. On a tous nos repères, nos peurs, et notre voisin Jean-Michel qui a un avis sur tout.
D'ailleurs, vous en avez forcément une, vous aussi. Une phrase entendue, dite, ou subie. Balancez-la en commentaire, qu'on rigole un peu ensemble (et que je complète ma collection 😄).
Et si vous souhaitez me contacter pour parler de votre projet tranquillement, sans engagement et sans bla-bla d'agence, vous savez où me trouver.
Une estimation honnête, un café (ou un matcha), une discussion vraie. C'est gratuit.
À très vite.
Hakim



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